Lutter Contre Les Stéréotypes De L’autisme En Voyageant

par : MAC

De nos jours, vivre avec une différence est un combat que l’on doit mener quotidiennement. Que l’on soit d’une ethnie différente, que l’on ait une petite stature, que l’on soit trop corpulent ou trop maigre, nous sommes victimes du jugement des autres. Dans mon cas, je suis atteint d’autisme et pendant dix années de ma vie, le regard que les gens portaient à mon endroit m’a empêché de m’exprimer et d’avoir la vie sociale dont j’ai toujours rêvée avoir par crainte de me faire constamment rabaisser.

À ma naissance, mes parents n’ont pas eu à attendre bien longtemps avant de s’apercevoir que leur enfant avait un problème de santé; à peine quelques heures après que j’aie vu le jour, j’étais aussitôt victime de mes premières crises d’épilepsie. C’est ainsi qu’a débuté une longue série de tests et d’examens pour déterminer la cause de mes convulsions. Ce n’est qu’au bout de cinq longues années à faire la navette entre la maison et l’hôpital que les médecins ont repéré une anomalie au lobe temporel droit de mon cerveau. Après avoir été opéré, mes parents ont été prévenus par plusieurs spécialistes que mon développement n’allait pas se faire aussi facilement que les autres enfants et qu’il serait préférable de m’inscrire dans une école spécialisée. Malgré les recommandations, c’est dans des classes régulières que j’ai pu compléter mon primaire avant de m’inscrire dans un programme linguistique au secondaire. Cinq ans plus tard j’ai décroché mon DES avec une moyenne générale de 88% en raflant au passage trois prix aux galas annuels.

Cependant, durant ces années, comme bien des gens à cet âge, j’étais négligé, rejeté et intimidé à cause de ma différence. Bien sûr, il y avait mes parents et le personnel scolaire qui m’ont aidé à passer à travers les coups durs, mais ce bout de chemin, j’ai l’impression de l’avoir traversé à contre-courant. On a même dû me retirer de mes cours d’éducation physique parce que le harcèlement continuait à mon retour à la maison sur les réseaux sociaux. Ironiquement, aujourd’hui je m’inscris à des marathons et demi-marathons à chaque année et je travaille dans le domaine de la construction comme monteur d’acier.

C’est seulement à partir de 2014, grâce aux voyages, que j’ai enfin pu sortir de cette pression sociale et réaliser que le bonheur commence d’abord par l’acceptation de soi. Alors que j’étais en période de remise en question et en quête d’identité, j’ai décidé d’un coup de tête de partir seul en Afrique pour travailler en tant que volontaire. Du jour au lendemain, j’avais en main des billets d’avion qui allaient m’emmener au Kenya pour m’impliquer dans un centre de détention juvénile pendant trois semaines. J’étais fin prêt à me lancer dans l’inconnu.

À mon arrivée, avec l’adaptation à une nouvelle culture et le manque de ressources, je me sentais complètement désorienté. Je logeais dans une famille locale avec deux Allemands et avais encore du mal à m’intégrer. Ce n’est que dans la dernière semaine avec quelques verres dans le nez que l’un des Allemands me demande « pourquoi tu n’as jamais été comme ça avant maintenant? » Je lui ai simplement expliqué que j’avais trop bu. Il me répond « Tu devrais toujours être comme ça. » Assez réchauffé pour me sortir de mon angoisse, mais assez lucide pour me rappeler de ces paroles honnêtes qui m’auront marqué. Malheureusement, je devais plier bagage trois jours plus tard.

Encore insatisfait de moi-même, j’ai décidé, après avoir complété mes études un plus tard, de partir six semaines en Afrique du sud pour sortir totalement de ma zone de confort en travaillant dans un orphelinat. Le résultat net; la plus belle expérience de ma vie. En peu de temps, je me suis lié d’amitié avec des volontaires provenant d’Allemagne, d’Angleterre et de France. Deux semaines après mon arrivée, il y a aussi eu cette fille du Rhode Island qui a rejoint le même projet que moi. Notre horaire nous forçait à passer beaucoup de temps ensemble et en rapidement, nous avons commencé à partager une vie de couple.

Le dernier mois de mon voyage fut des plus mémorables. Je pouvais enfin me permettre de faire et dire ce que je voulais sans craindre de représailles. Je savourais chaque activité que j’avais la chance de vivre avec les autres volontaires. Je me suis amusé comme jamais auparavant.

Bien sûr, on pourrait dire que les voyages m’ont rendu plus autonome, plus débrouillard, que j’ai appris à travailler avec des enfants, mais au-delà de tout ça, à mon retour, je me sentais en paix avec moi-même. Je ne me souciais plus du regard des autres et pouvais goûter au bonheur. Le voyage m’a injecté la dose de confiance que j’avais de besoin pour progresser davantage. On m’avait prouvé que les gens étaient capable de faire abstraction à mon autisme si j’y mettais un peu de vouloir. J’ai réappris à faire confiance aux autres et j’utilise maintenant mon handicap comme ma source de motivation pour avancer plutôt que d’être le fardeau qui a pesé trop longtemps sur mes épaules. Plusieurs me voient comme une inspiration alors que tout ce que je souhaitais c’était de vivre comme tout le monde. Même si plusieurs ont gardé l’idée de la personne que j’étais, je peux maintenant profiter du temps passé avec ceux qui m’accordent un nouveau départ.

Si vous hésitez à partir en voyage, vous savez déjà que vous avez besoin d’y aller. Intérieurement, vous savez que vous devez vous éloigner de votre quotidien, de vous forger une personnalité et de travailler sur vous-même. Au final, c’est de cette façon que j’aurai appris à me connaître et à repousser mes limites. Aujourd’hui, je me réjouie d’avoir déjoué les pronostics et vivre ma vie comme je l’entends.

Le voyage c’est la vraie école de la vie. Allez-y! Partez à la poursuite de vos rêves, suivez votre instinct et vous en reviendrez changé à jamais.

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